CITÉ · Gouverner & S'ouvrir — Protéger ceux qui n'ont pas voix au chapitre : affaire de spécialistes, ou compétence due à chaque élève ?
Le dossier
Aux Pays-Bas, des milliers de familles ont été traitées pendant des années comme suspectes de fraude aux allocations, sur la foi d'un traitement automatisé ; le gouvernement a démissionné en janvier 2021. En Australie, le dispositif « Robodebt » a réclamé à des allocataires des dettes calculées automatiquement ; une commission royale l'a jugé illégal en 2023. Les compétences techniques existaient, le droit aussi. Ce qui a manqué, c'est que quelqu'un réponde — et les personnes lésées ne siégeaient dans aucune des salles où l'on décidait.
Première lecture. Ce pôle décrit des métiers, pas une éducation. Auditer un traitement, chercher les failles d'un système : cela demande des années de formation. L'inscrire dans un référentiel scolaire le dilue en éveil citoyen sans effet, et offre aux institutions l'alibi d'avoir « formé des citoyens » au lieu d'ouvrir des recours réels.
Seconde lecture. Ce qui a fait défaut n'est pas l'expertise, mais qu'aucune personne en position ordinaire — un agent au guichet, un enseignant en conseil — ne se soit sentie autorisée à dire : « cette décision frappe quelqu'un qui n'est pas ici, et je m'y oppose ». Si ce n'est pas formé à l'école, ce ne l'est nulle part.
Chacune a son risque : la première confie à quelques experts la garde de ce qui concerne tout le monde ; la seconde appelle compétence ce qui pourrait n'être qu'un bon sentiment. Nous ne tranchons pas.
Ce que nous soutenons
Ce qui suit est un plaidoyer, signé de l'équipe qui porte le référentiel — donc intéressée à son existence. Ce n'est pas le cadrage du débat : c'est une position parmi d'autres, écrite pour être contredite.
Nous refusons de fonder ce pôle sur ce que l'IA ne sait pas encore faire : ce critère perd une entrée par an. Nous lui substituons un critère normatif — déléguer cet acte en détruit l'objet. Parler au nom d'un absent en est le cas exemplaire : on peut demander à un système de simuler l'intérêt d'une partie absente, on ne peut pas lui en demander compte. Un mandat est une relation entre personnes. Une décision dont personne ne répond n'est pas une décision, c'est un effet. Aucun progrès technique ne rendra cela faux.
Nous en tirons deux règles d'admission. Une compétence se nomme par un verbe et un acte observable — « nommer, devant ceux qui décident, la personne que la décision affectera et qui n'est pas là », et non « être vigilant ». Et sa délégation doit en détruire l'objet, ce qui écarte « connaître la réglementation ». Deux entrées actuelles n'y survivent pas : « transformer la contrainte juridique en longueur d'avance » convertit une protection due à des tiers en avantage concurrentiel, contre la devise du pôle ; « faire de l'IA un collègue » nomme mal, car un collègue est quelqu'un à qui l'on peut demander des comptes.
Nous soutenons enfin, et c'est le plus contestable, que ce pôle n'est pas un profil de spécialiste : l'acte que nous retenons, un élève de quatorze ans peut l'accomplir en conseil de classe.
Ce que nous vous demandons
Pas votre avis sur l'IA. Un fait. Racontez une situation précise : une décision a été prise, elle affectait quelqu'un qui n'était pas dans la pièce. Où, quand, qui décidait. Quelqu'un a-t-il nommé cette personne absente ? Qu'a-t-il dit, et que s'est-il passé ensuite ? Si personne n'a rien dit, dites-le aussi : c'est la donnée la plus utile.
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