Dossier d'atelier 9 — « Un enseignant n’a pas le droit de choisir l’ignorance à la place de ses élèves. »
Ce dossier a servi de support aux ateliers de 60 minutes de la 5e Biennale internationale de l'Éducation Nouvelle (Vérone, 29 octobre – 1er novembre 2026). Il est conservé ici comme document. Le débat, lui, se poursuit dans les pôles du référentiel.
CE QU’ILS ENTENDENT
« Tout enseignant doit adopter les outils que l’industrie lui présente, quelles que soient ses convictions, son jugement professionnel ou les risques pour les élèves. » La formule semble nier l’autonomie pédagogique, transformer une technologie commerciale en savoir obligatoire et assimiler toute prudence à une faute.
LEUR OBJECTION LA PLUS FORTE
Un enseignant a précisément le devoir de poser des limites. Il peut suspendre un outil qui collecte des données injustifiées, fragilise l’attention, remplace l’effort visé ou contredit le droit. Enseigner l’IA n’oblige pas à fournir un compte chez chaque entreprise ni à exposer des mineurs à ses services. L’autonomie professionnelle protège les élèves contre l’innovation irréfléchie ; elle ne peut être balayée par une injonction à la modernité.
CE QUE JE VEUX DIRE
Je distingue quatre choses. Un enseignant peut choisir de ne pas utiliser personnellement ChatGPT ou Claude. Il peut interdire temporairement l’IA lorsqu’un apprentissage exige un travail autonome. Il doit apprendre aux élèves à refuser un usage opaque, abusif ou inutile. Mais il ne devrait pas transformer son abstention personnelle en ignorance curriculaire. Comme un enseignant qui se déplace à vélo ne devrait pas empêcher ses élèves de comprendre la conduite automobile, un enseignant critique de l’IA ne doit pas les priver des moyens de comprendre un environnement qui structurera leur vie.
L’IMPLICITE IA QUI MANQUE
La littératie n’est pas l’usage permanent. Elle comprend les mécanismes essentiels, les capacités et limites, la qualité des données, la vérification, les biais, les coûts, la protection de la vie privée et la capacité de choisir ses usages. L’UNESCO en fait désormais un objectif curriculaire pour les élèves et une compétence professionnelle pour les enseignants. On peut enseigner avec des démonstrations encadrées, des modèles locaux, des comptes institutionnels ou l’analyse de sorties, sans imposer l’abandon des données personnelles à une plateforme.
FORMULATION QUI PEUT ÊTRE ENTENDUE
« L’école doit à tous une littératie de l’IA : comprendre, utiliser, vérifier, contester et délimiter ses usages. Les convictions personnelles d’un enseignant ne peuvent pas priver ses élèves de cette maîtrise. »
POINT DE RENCONTRE
La finalité commune est l’autonomie de l’élève. Elle exige à la fois la protection contre les usages nocifs et la protection contre une ignorance imposée. Le pouvoir de dire non n’existe réellement qu’après avoir appris à quoi, pourquoi et avec quelles alternatives.
REPÈRES UNESCO, « AI Competency Framework for Students » | UNESCO, « AI Competency Framework for Teachers »
Poursuivre ce fil : ce dossier prolonge le pôle ÂME · Discerner & Juger. Et si votre table a fait émerger un exemple concret, c'est là qu'il nous manque le plus : déposez-le en trois minutes.
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