ÂME · Répondre de ses choix devant ceux qui n'étaient pas là pour en discuter
Ce que cela veut dire concrètement
Prendre une décision dont les effets excèdent votre présence, puis laisser à votre successeur de quoi la comprendre et la contester : ce que vous avez décidé, sur quelles raisons, ce que vous avez écarté, et à quelles conditions il faudrait y revenir. Signer, au sens propre.
Déléguer, ou pas
- Ce qui peut être délégué : la projection : scénarios, coûts différés, veille ; la tenue des archives et la mise en forme du compte rendu.
- Ce qui ne doit pas l'être : se désigner soi-même comme redevable, c'est-à-dire accepter d'être la personne à qui l'on viendra demander des comptes.
- Ce qui se dégrade si on le délègue : rendre des comptes est une relation entre deux personnes : l'une demande, l'autre doit répondre, s'expliquer, réparer. Un système n'occupe aucune des deux places. On ne peut ni le sanctionner, ni obtenir de lui une explication qui l'engage, ni lui faire amender sa conduite. Déléguer une décision de long terme produit donc une décision sans débiteur : les effets demeurent, le répondant a disparu. Aucun progrès technique ne rendra cela faux, car il ne s'agit pas d'une question de capacité.
- S'acquiert avec ou sans assistance : sans assistance.
Comment on le voit
Confiez à un groupe une décision à effet réellement différé — un jardin, un budget pluriannuel, un fonds de matériel — et organisez la passation à la promotion suivante. On observe la trace laissée : est-elle intelligible par quelqu'un qui n'était pas là ? mentionne-t-elle les options écartées ? les auteurs y sont-ils nommés ? Puis on observe la reprise : les successeurs peuvent-ils adresser leur objection à quelqu'un ?
La question qu'on vous pose
À qui, dans dix ans, pourra-t-on demander des comptes pour la décision que vous venez de prendre ?
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